Club de l’Horloge
Présentation générale
Le Club de l’Horloge est une association de type loi 1901, créée officiellement le 10 juillet 1974. Il se définit comme un « cercle de réflexion politique » visant à élaborer et diffuser une colonne vertébrale idéologique pour la droite française, dans une optique qualifiée de « métapolitique » et de « laboratoire idéologique » plutôt que de simple think tank.
Le nom « Club de l’Horloge » a été choisi de manière provisoire lors de la première réunion, en référence à l’horloge présente dans la pièce, symbole du temps renvoyant aux « réalités permanentes plutôt qu’aux modes passagères », ainsi qu’au regard de l’avenir lié au passé. Bien que ce nom ait été considéré comme « le moins mauvais sans pour autant être excellent » par les premiers membres, il est resté définitif après réflexion.
Historique et genèse
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Contexte de création (1973-1974)
Un groupe d’anciens étudiants réagissant aux événements de mai 1968, soucieux de redonner à la droite une pensée structurée, se réunit à Sciences Po Paris et au sein de cercles informels (notamment liés au Cercle Pareto), pour créer un « club politique » ancré dans la tradition tout en explorant des idées novatrices sur la société, la culture et la biologie politique. -
Réunion constitutive et premiers statuts
La réunion constitutive a eu lieu le 10 juillet 1974. Lors de cette séance, on rédige un projet de statuts (article rédigé par Daniel Garrigue), mais on décide de ne pas déclarer immédiatement l’association. Le dépôt officiel des premiers statuts intervient le 14 février 1975, enregistré sous le numéro 37-253P par Henry de Lesquen et Didier Maupas. -
Évolution des statuts
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Initialement (1975), l’objet est rédigé de manière vague comme « l’étude des problèmes auxquels sont confrontées les sociétés modernes et la diffusion des travaux et conclusions portant sur ces questions », siégeant au 8, rue Saint Jean-Baptiste de la Salle, 6e arrondissement de Paris.
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En 1978, le mandat du conseil d’administration est précisé.
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Le 15 décembre 1993, les statuts sont actualisés pour présenter le Club de l’Horloge comme « un cercle de réflexion politique, une force d’analyse et de propositions », conduisant « des recherches culturelles et éducatives intéressant les sociétés contemporaines » et élargissant le Conseil d’administration aux présidents des cercles régionaux et le Bureau à des postes de délégués.
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Fondateurs et membres clés
Fondateurs officiels
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Yvan Blot : président d’origine lors de la création.
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Daniel Garrigue : vice-président à l’origine, a rédigé les premiers statuts.
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Jean-Yves Le Gallou : secrétaire général à la création.
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Henry de Lesquen : a déposé les premiers statuts (avec Didier Maupas), a participé activement à la définition du nom et de l’objet du Club.
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Didier Maupas : co-dépôt des statuts et membre du bureau fondateur.
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Bernard Mazin : souvent cité parmi le « noyau dur » avec les autres fondateurs.
Ces personnes constituent le noyau initial, majoritairement issus de l’ENA (École nationale d'administration) de Sciences Po Paris et parfois de l’École Polytechnique ou de l’École Normale Supérieure, formant « l’élite de l’élite » recherchée par le Club.
Autres personnalités impliquées
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Philippe Malaud : ministre pour lequel le Club rédige, sous couvert de sa signature, un ouvrage (« La Révolution libérale ») servant de test doctrinal et démonstration de la capacité du Club à produire un projet de société.
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Yvan Briant : chef d’entreprise cité comme ayant pu apporter un soutien financier ponctuel.
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Responsables patronaux invités : ex. Union des Industries Métallurgiques et Minières via des personnalités comme Emmanuel Lepoyvre ou André Jacomet, qui sont intervenus devant le Club, suggérant des liens informels avec certains cercles patronaux.
Formation et profil sociologique des membres
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Profil du Club dès 1977 : environ la moitié des adhérents sont diplômés de l’ENA (École nationale d'administration), 20% viennent de l’École Polytechnique ou de l’École Normale Supérieure, et le reste du monde de l’entreprise ou professions libérales, avec une ouverture ultérieure aux universitaires (par exemple François G. Dreyfus, Christiane Pigacé).
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Évolution des effectifs : quelques dizaines à quelques centaines d’adhérents selon les années. Par exemple, autour de 70 adhérents en 1979, jusqu’à 300 en fin des années 1980, puis déclin à moins d’une centaine dans les années 2000.
Fonctionnement et organisation
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Statuts et organes : association loi 1901 avec Assemblée générale annuelle, Conseil d’administration élu tous les trois ans, Bureau (Président, Vice-président, Secrétaire général, Trésorier).
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Mode de recrutement : cooptation stricte, parrainage et sélection rigoureuse, sans carte d’adhérent formelle ; distinction entre « noyau » actif et simple public assistant aux réunions.
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Travail en commissions : inspiré du modèle du Club Jean Moulin, avec publication d’ouvrages collectifs et d’une revue interne (Contrepoint) et d’une Lettre d’information, mais resté discret sur la sphère publique jusqu’à la médiatisation en 1979.
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Financement : cotisations des membres, contributions informelles possibles de quelques entreprises (soutiens individuels d’adhérents du patronat), sans budget public clairement documenté.
Doctrine, publications et idées
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Inspirations doctrinales : ancrage dans une « troisième voie » à droite, empruntant des éléments de la pensée du Grece (stratégie métapolitique, inspirations indo-européennes, anti-égalitarisme) tout en s’en distanciant progressivement sur le plan tactique et idéologique dès la fin des années 1970 et milieu des années 1980.
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Ouvrages phares :
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« Les Racines du Futur » (1977) : premier livre collectif, s’appuyant sur mythologie indo-européenne et théorie des trois fonctions de Georges Dumézil pour proposer un socle doctrinal.
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« La Politique du vivant » (1978) : appliquant des arguments biologiques à des thèses inégalitaires, marquant l’orientation du Club vers un discours anti-égalitaire et identitaire.
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Collaboration sous pseudonyme pour des hommes politiques (ex. Philippe Malaud) afin de tester et diffuser certaines idées dans la majorité présidentielle.
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Évolution doctrinale : élaboration du concept de « préférence nationale » au milieu des années 1980, influençant plus tard le programme du Front National mais aussi construit à partir de discours de la droite parlementaire (RPR, UDF).
Réseaux et affiliations
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Liens avec d’autres clubs et cercles :
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Inspiration et premiers membres formés via le Grece et le Cercle Pareto (matrice intellectuelle).
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Modèle organisationnel emprunté au Club Jean Moulin pour le fonctionnement en commissions et la sélectivité du recrutement.
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Échanges ou comparaisons avec d’autres clubs de droite (Perspectives et Réalités, Club 89) ou de gauche (Club Jean Moulin de gauche), sans affiliation formelle.
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Relations avec institutions :
- Interventions de responsables du monde de l’entreprise (ex. cadres de l’Union des Industries Métallurgiques et Minières), universitaires, hauts fonctionnaires.
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Positionnement politique :
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Situé initialement dans le sillage de la « majorité présidentielle » de Valéry Giscard d’Estaing, sans lien officiel avec un parti, tout en cherchant à influencer la droite parlementaire via des conseils discrets.
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Stratégie d’« entrisme » ou d’influence indirecte : placement de membres dans cabinets ministériels ou pressoirs de décisions, avant que le basculement de plusieurs fondateurs vers le Front National ne ferme ces portes gouvernementales.
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Connexions au sein de la droite et de l’extrême droite :
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Au début, vision de l’extrême droite comme marginale, puis, après l’explosion électorale du Front National au milieu des années 1980, investissement de certains fondateurs dans ce parti, apportant au FN une ossature idéologique issue du Club.
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Relations avec personnalités du patronat, réseaux universitaires et administratifs, cercles proches du pouvoir (RPR, UDF), puis glissement vers le FN/MNR pour plusieurs responsables clés.
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Influence et évolution
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Années 1974-1979 : discrétion relative, travail de fond sur la doctrine, publications limitées, organisation interne sélective.
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1979 : révélation médiatique lors de la campagne sur la « Nouvelle Droite », première visibilité publique, photos de membres (Jean-Yves Le Gallou, Yvan Blot, Henry de Lesquen, Didier Maupas, Bernard Mazin, Bruno Mégret, etc.).
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Début des années 1980 : recrutement limité mais organisation de cercles provinciaux, montée en puissance doctrinale (préférence nationale), tentatives d’influence au sein de RPR/UDF.
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Milieu-fin des années 1980 : basculement partiel des fondateurs vers le Front National, perte d’accès aux cabinets ministériels mais renforcement de l’influence idéologique du FN.
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Années 1990 : maintien d’une présence réduite, difficulté à renouveler les membres, baisse de l’influence directe, quelques publications et colloques mais portée moindre.
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Après 2000 : le Club de l’Horloge entre en déclin, effectif réduit (moins de 80 adhérents fin 2000s), activités marginales, s’éloigne de la scène politique dominante, réorientation vers d’autres thèmes (ex. mythes du « cosmopolitisme ») dans un rôle de plus en plus confidentiel.
Coordonnées / localisation
- Adresse initiale déclarée : 8, rue Saint Jean-Baptiste de la Salle, 6e arrondissement de Paris.
Sources :
Le Club de l’Horloge (1974 -2002). Evolution et mutation d’un laboratoire idéologique.
(Thèse de Philippe LAMY). Lire la thèse en ligne : http://www.theses.fr/2016PA080034/document